Histoire de famille : les sœurs Feraud

« Le rugby, c’est la famille ». Parfois, cette expression prend littéralement son sens. Depuis plusieurs saisons, Nancy Seichamps Rugby a eu la chance de compter dans ses rangs différentes fratries (vous connaîtrez sans doute les Claudel, les Reinness, les Koch, etc). Aujourd’hui, nous nous intéressons à Manon et Provence Feraud, ces sœurs qui sont des éléments clés de l’équipe féminine de Nancy Seichamps. Alors que Manon, 22 ans, 3ème ligne aile et capitaine, est en Master 1 à la Faculté des Sports et souhaite devenir professeur d’EPS, Provence, jeune femme de 18 ans est, elle, en 1ère année à la Faculté de Droit et occupe de le poste de demi-de-mêlée. Deux soeurs, deux caractères, deux profils différents qui se complètent pourtant si bien. Ensemble, elles partagent la passion du rugby et ont accepté de revenir avec nous sur leurs parcours et les valeurs qui les animent. 

Où, quand et à quelle occasion avez-vous commencé le Rugby ?

Manon : J’ai commencé le rugby en seconde (2013-2014) à la section sportive du Lycée Thibault de Champagne (77). À mon arrivée en seconde, je faisais surtout de la gym et de l’athlétisme. Je ne pensais pas faire de rugby, car je ne connaissais pas du tout cette discipline. C’est Benoît Thiriot, professeur d’EPS et référent de la section sportive rugby qui m’a proposé d’essayer. J’ai ainsi commencé le rugby à la section sportive lors de matchs inter-zone (Bobigny, Terre de France, Orsay) puis au CD 77.

Provence : J’ai moi aussi commencé le rugby en seconde (2016-2017) à la section sportive du Lycée Thibault de Champage. J’ai connu la section grâce à ma sœur, elle en parlait beaucoup et ça m’a donnée envie de tenter l’expérience. J’ai commencé directement par la section, puis il m’a aussi intégré au comité départemental du 77.

Quelle a ensuite été votre évolution ? Pourquoi avez-vous rejoint Nancy Seichamps Rugby ?

Manon : Comme je le disais, je jouais pour le CD 77 et la section UNSS. Notre objectif était de se qualifier chaque année au championnat de France. En fin d’année de Terminale, lors d’un tournoi auquel participait l’équipe de Nancy, j’ai rencontré « Brigitte » (Mathieu Lahaye). J’ai ensuite été admise à la Faculté des Sports de Nancy et ai emménagé dans cette ville. À la fac, j’ai rencontré Sylvain Mottet (professeur de rugby) qui m’a invité à l’entrainement du Centre Universitaire de Rugby. J’y ai revu Mathieu, qui m’a convaincue de rejoindre Nancy Seichamps. Les filles du club (Coline, Manue, Andréa, etc.) m’ont très vite parlé, mise en confiance et donner envie de m’inscrire !

Cela fait maintenant 4 ans que j’évolue au sein de l’équipe féminine de Nancy Seichamps et dans l’équipe universitaire. J’ai beaucoup appris grâce aux filles et à Mathieu qui m’a fait découvrir le poste de 3ème ligne aile. De plus, depuis cette saison, j’ai découvert le rôle d’éducatrice et fais partie du staff de l’équipe cadettes du NSR.

Provence : Après la section sportive, j’ai connu le rugby à VII et X avec mon club. J’ai demandé à rejoindre la faculté de droit de Nancy pour me rapprocher de ma sœur et, par la même occasion, partager notre passion commune du rugby au sein du club de Nancy Seichamps. Nous étions impatientes et exciter de commencer cette saison.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce sport ?

Provence : Ce que j’aime dans le rugby, c’est tout d’abord cet esprit d’équipe qui ressort au sein d’un collectif. Nous jouons toutes ensemble et on s’entraide. Nous nous entrainons toutes les semaines pour progresser et tenter de livrer une prestation de qualité à chaque match.

Ensuite, comme dans tous les sports, je suis séduite par la notion de dépassement de soi, pour soi-même et pour toute l’équipe.

Manon : Pour moi, le rugby est synonyme de cohésion. Au sein de notre équipe, on a créé des liens très forts, que je ne retrouve pas ailleurs. Personne n’est laissé sur le côté. On fait partie d’une petite famille, on se bat chaque dimanche sur le terrain avec la même envie et le même objectif. Par exemple, lorsque je suis arrivée à Nancy, je ne connaissais personne et le rugby m’a permis de rencontrer des personnes qui sont devenues des copains/copines, voir même des amies très chères à mon coeur (comme Laurianne, avec qui je partage tout). 

Le rugby est également un sport où il faut savoir se surpasser individuellement et collectivement : on ne joue pas que pour soi, on joue avant tout pour l’équipe. Ce sport me permet de me libérer, montrer réellement qui je suis.

 

Manon, « Capitaine Plaquage »

 

On dit souvent que le rugby est une famille mais dans votre cas, cela prend tout son sens. Ça fait quoi de jouer avec sa soeur dans la même équipe ?

Provence : Comme le disait Manon, le rugby nous a permis de trouver une seconde famille. Toutefois, ce sentiment est multiplié si on partage cette passion avec un membre de sa famille, comme ma sœur et moi. Quand j’ai décidé de venir à Nancy, on s’est faites rapidement à l’idée que l’on jouerait ensemble et on était vraiment impatientes. Jouer avec ma soeur, c’est comme jouer avec mon modèle.

Aux entrainements, nous faisons en sorte de vivre chacune à sa façon les choses mais restons très complices. Même si c’est un sport de combat, nous ne pouvons nous empêcher de rester prudentes entre nous, sur les placages par exemple (on se plaque avec la plus grande délicatesse, rires). Aussi, Manon me conseille et m’aide à m’améliorer.

En match, je dois avouer qu’il y a toujours un petit stress car on a l’oeil l’une sur l’autre. Quand je me fais plaquer ou bousculer, je sais qu’elle est derrière moi pour me relever par le maillot. Mais j’adore jouer avec ma sœur car on vit notre passion ensemble et au même moment. 

Manon : C’est un réel plaisir de jouer avec ma petite sœur, même si ça me procure du stress (rires). Quand elle m’a dit qu’elle rejoignait Nancy pour ses études, il me paraissait évident qu’elle viendrait à Nancy Seichamps et j’avais hâte qu’elle découvre mon quotidien. Le rugby est une famille, c’est vrai ! Mais là, le fait de savoir que ma petite sœur est sur le terrain ça change quand même les choses !

Au début, j’appréhendais les matchs car j’avais peur qu’elle se blesse. Aujourd’hui, cette « faiblesse » est une force, j’ai toujours un œil sur elle même si je sais que dans cette équipe chacune se protège. De plus, cette passion commune a renforcé nos liens.

Quel est votre caractère dans la vie de tous les jours ? Quels sont vos points communs et vos différences ?

Manon : Je suis de nature dynamique, je suis curieuse et aime essayer de nouvelles choses. J’aime m’impliquer et partager ma passion aux autres. Lorsque j’entreprends quelque chose, je vais jusqu’au bout pour donner le meilleur de moi-même. Je prends soin de ma famille et de ceux qui m’entoure avec un côté protecteur.   

Provence : Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de très organisé, quelquefois un peu trop (rires). Je me sens mieux quand je fais un emploi du temps, notamment pour mon travail. Je suis assez calme et de nature réservée. Je n’aime pas me faire remarquer et préfère rester dans mon coin.

Manon et Provence : Il est clair que nous n’avons pas le même caractère. Nos envies et objectifs (notamment professionnels) sont différents. Mais nous avons en commun cette envie de partager, faire plaisir aux gens que l’on aime, et notamment notre famille qui très importante pour nous !

 

Provence, aux commandes de la mêlée

 

Sur le terrain, qu’est ce qui vous rassemble ?

Sur le terrain, nous partageons notre détermination, l’envie de gagner à chaque match et de bien faire. Nous ne jouons pas au même poste (Manon est 3ème ligne, Provence est demi-de-mêlée), alors notre jeu est différent. De plus, nous n’avons pas la même responsabilité sur le terrain et en dehors, nous n’avons pas la même expérience ni le même vécu.

On sait que toi, Manon, tu es là depuis quelques années et tu as donc acquis une certaine aisance dans l’équipe (tu es d’ailleurs capitaine cette année), alors que Provence est encore discrète (même si elle sait très bien s’imposer en demi-de-mêlée). Est ce que cela vous permet d’être complémentaires sur le terrain, est ce que chacune arrive à trouver sa place ?

Manon : Effectivement, j’évolue à Nancy Seichamps depuis un petit moment maintenant et j’ai évolué petit à petit grâce aux filles et Mathieu.

Provence : C’est vrai que je viens d’arriver et j’essaie de m’impliquer le mieux possible en faisant mes preuves. Je trouve ma place petit à petit.

Nous ne sommes pas complémentaires directement sur le terrain, car nous ne jouons pas le même poste, mais formons une seule et même unité avec les filles de l’équipe.

Est-ce que vous êtes toujours d’accord avec vos choix de jeu ? Est ce que vous débriefez ensemble ou est ce que chacune vit son expérience de son côté ?

Nous ne sommes pas toujours d’accord sur nos choix de jeu et en discutons beaucoup après les matchs et entrainements. Nous essayons d’émettre des critiques constructives pour essayer de nous améliorer. On se donne des conseils dans le but de mieux faire. Nous parlons toujours des entrainements et de ce que l’on a fait.

Bien sur, nous savons également nous féliciter et mettre en avant les bonnes choses !

Est-ce que jouer ensemble vous apporte quelque chose en plus, cela a-t-il renforcé vos liens ?

Comme nous le disions juste avant, jouer ensemble nous a rapproché encore plus qu’avant car nous partageons la même passion dans la même équipe et nous vivons les bons moments du sport ensemble.

 

La passe, expertise indispensable d’une demi-de-mêlée

 

Qu’en pensent vos coéquipières ?

Les filles sont contentes, elles nous trouvent « kiki ». Après la « petite Manon », c’est « l’enfant Feraud » qui a fait son arrivée. Nous avons nos copines et nous entendons bien avec tout le monde. Maintenant, tout le monde s’est habitué 😊

Quelles sont vos références rugbystiques, chez les joueurs et joueuses internationales, par exemple ?

Manon : J’aime beaucoup Romane Ménager, Caroline Boujard, Marjorie Mayans et Caroline Drouin. En fait, je soutiens le XV de France Féminin tout entier !

Provence : Mes références sont les sœurs Ménager et en tant que demi-de-mêlée, j’aime le style de jeu de Pauline Bourdon, Antoine Dupont et Aaron Smith.

L’art de la touche, par Manon

 

Le rugby féminin est en pleine évolution, mais il reste encore beaucoup de travail. Comment pensez-vous que le rugby féminin pourrait se développer davantage dans le Grand Est ?

Nous savons que le Grand Est n’est pas une terre de rugby. Nous pensons qu’il est important d’inviter les petites filles à s’essayer dès l’école de rugby, et former les joueuses dès le plus jeune âge. 

Nancy est une ville étudiante. La moitié des séniors ont connu Nancy Seichamps grâce à Mathieu qui forme les filles au Centre Universitaire, en plus du club.

D’un point de vue plus global, il est nécessaire de continuer à faire évoluer les mentalités et les représentations liées au rugby féminin. On entend encore trop souvent que le rugby n’est pas un sport pour les femmes. Il ne faut donc pas relâcher nos efforts en termes de communication, démonstrations et actions de découverte.

Que direz-vous à une fille, ou des sœurs qui ont envie de faire du rugby ?

On leur dit de foncer et de tenter l’expérience, car ce sport ressert les liens. Le rugby est avant tout un sport d’équipe ou l’on se crée une famille, et l’expérience est rarement décevante.

Si tu habites à Nancy ou ses alentours, n’hésite pas à venir t’essayer à la pratique, on sera là pour t’accueillir !

 


Crédits Photos : Jérôme Groux, Darius Kugel

Rédaction : Service communication de Nancy Seichamps Rugby